La photo joue un rôle essentiel pour attirer le lecteur, l’informer et l’inciter à lire l’article qu’elle enrichit. Dès la conception de l’article, on doit se poser la question de la conception de la photo. Il faut savoir qu’une photo peut dire mieux et davantage qu’un texte.

Photographier, c’est enregistrer une tranche de vie, un moment fort, une émotion palpable. A condition de bien la saisir, au bon moment, de n’être ni trop près ni trop loin. Pour cela l’appareil et son réglage préalable sont essentiels. Si je fais la photo d’un coureur à pied en mouvement, d’un groupe qui pose, ou d’une scène comprenant plusieurs acteurs je ne me comporterai pas de la même manière.

 

Découverte et principe de la photographie

Ce procédé se base sur deux types de connaissances : l’optique, permettant de capter et de livrer une image en un point précis, et la chimie, servant à fixer l’image obtenue sur une surface. Les premières avancées d’optique sont lointaines et débutent sous Aristote qui crée déjà des images inversées à partir d’un trou dans le mur d’une chambre noire. Les alchimistes découvrent, au XVIe siècle, que le chlorure d’argent noircit à la lumière du soleil.

Plusieurs expériences sont lancées : en 1780, Jacques Charles arrive fugitivement à fixer une silhouette sur du papier imbibé de chlorure d’argent, Thomas Wedgwood, en 1802, utilise du nitrate d’argent, John Herschel, en 1819, opte pour l’hyposulfite de sodium, futur fixateur. En 1826, Joseph Niépce, lithographe français, a l’idée d’associer les trois procédés afin de fixer l’image sur des plaques d’étain qu’il prend soin de recouvrir de bitume de Judée, durcissant à la lumière. Il tire la première épreuve positive réclamant à son auteur un temps d’exposition de huit heures. La première photographie prise par Joseph Niépce est une représentation d’une aile de sa propriété de Saint-Loup-de-Varennes.

 

Évolution de la photographie

Son inventeur décède en 1833, mais Louis Daguerre poursuit les travaux et découvre le développement de l’image latente qui permet notamment de réduire le temps de pose. La photographie ne cesse ensuite d’évoluer avec les inventions du négatif, de l’image souple, de la couleur, du film et des photographies instantanées, en relief, photos numériques, de synthèse et astronomiques.

 

Le droit à l’image

Certaines prises de vue peuvent nécessiter une autorisation. Cela renvoie à la législation sur le droit à l’image. L’accord d’une personne photographiée ne vaut que pour une situation précise. Et l’utilisation d’images d’archives exige de grandes précautions. Si la personne est décédée, séparée ou n’exerce plus le métier pour lequel vous l’aviez interviewée !!!

Par ailleurs, le fait, pour une personne de donner son accord à publication, n’autorise pas sa diffusion dans n’importe quelles conditions. Une photo doit être directement liée à l’information qui a justifié sa prise de vue. Si on veut illustrer un article, on peut faire appel à une agence, une banque de données, ou encore des connaissances pour une mise en scène (les familles des journalistes sont souvent mises à contribution) ou à une photo qui ne montre pas des personnes, mais des objets.

 

Une exception : les photos des personnalités publiques (élus, acteurs, chanteurs, sportifs…) peuvent être réutilisées sans risque si elles ne sont pas détournées de leur contexte de prise de vue. Idem pour des photos de paysages, de sites, de monuments. Attention ! avec les smartphones, les comptes facebook, instagram et autres réseaux sociaux, on est souvent tenté de diffuser des photos sans l’accord des personnes, et dans des situations « scabreuses » ou les ridiculisant. Cela ne se fait pas dans un journal qui est lu par des milliers de personnes, surtout s’il est diffusé sur Internet.

 

La « patte » de l’artiste

Prendre une photo, c’est à la portée de chacun d’entre nous. On prend une photo pour garder des souvenirs, partager un instant, pour nos papiers d’identités… La capture d’image est devenue tout à fait fonctionnelle et a perdu de sa valeur purement esthétique. Les artistes ont conservé cette quête de la beauté dans la photo, quitte à abandonner l’aspect figuratif et s’abandonner à l’abstraction. Sans même y réfléchir, ils capturent des bouts d’une réalité magnifiée. Et c’est leurs regards qui fabriquent ces photos.

Regarder la photo d’un artiste, c’est voir à travers son œil. Celui d’un être unique, qui crée avec son vécu et son devenir, qui n’appartiennent à personne d’autre. Etre original est naturel pour un artiste. Une œuvre est une œuvre parce qu’elle est unique. Et la créativité  a aussi une identité : le travail d’un artiste est reconnaissable parmi des centaines d’autres productions. Il y intègre sa technique, son style, son univers… En fait, « la patte » d’un artiste c’est les fragments de sa personnalité qu’il met dans ses œuvres, c’est «un coin de création vu à travers un tempérament » (Zola)…

 

Créer, c’est aussi faire des choix

La photographie laisse beaucoup plus de liberté qu’on ne le pense. Par exemple, l’appareil est un objet très technique. Il offre la possibilité de faire une infinité de réglages qui ne dépendent que des choix de son propriétaire. C’est ainsi que la luminosité, le zoom, la qualité des pixels… deviennent des outils de création ! Un photographe d’art tient entre ses mains le pouvoir de transformer la réalité ! Il peut aussi la fabriquer de toutes pièces. C’est le principe des mises en scène. Là, il compose son propre univers avec des fragments de réalité. En décorant un intérieur, en habillant un modèle ou même en faisant des montages numériques !

Le moment capturé est aussi un des choix les plus déterminants ! Un artiste ne réfléchit pas forcément à ce qu’il fige, ça peut être un mécanisme inconscient et par conséquent, très révélateur de son tempérament. Et ces paramètres se déclinent tout au long du processus de création. Du choix de l’appareil à l’impression, il y a mille chemins possibles…

 

La définition légale d’une photo d’art

Pour pouvoir vendre une photographie comme de l’art, il faut qu’elle réponde à des critères bien précis. Ces conditions ont été définies dans le Code Général des Impôts. L’article 98 A (annexe III) du CGI indique bien que sont considérées comme œuvres d’art « Photographies prises par l’artiste, tirées par lui ou sous son contrôle, signées et numérotées dans la limite de trente exemplaires, tous formats et supports confondus ». Très claire, cette définition met en évidence trois points déjà évoqués un peu plus tôt : le nombre limité de tirages et la fait qu’ils soient réalisés par lui et sous son contrôle.

 

Il était une fois la lumière

Il était une fois la lumière. Cette matière étrange qui attire l’homme depuis la nuit des temps. Car la lumière est vitale, elle apporte la chaleur et éclaire quand tout est sombre. Joseph Nicéphore Niépce a passé une vie à l’étudier et c’est lui qui produit la première photo jamais réalisée en 1826. Ou plus exactement, « la première expérience réussie de fixation permanente d’une image de la nature » grâce à l’action de la lumière sur une surface sensible au sel d’argent. Les premiers appareils photos arriveront, eux, quelques années plus tard…

Comme toutes découvertes, la photographie a provoqué beaucoup de fascinations. Et ce sont les artistes surréalistes qui l’adoptent et l’élèvent au rang d’art. Ils créent des chimères, des sur-réalités  truffées d’érotisme et d’humour cru. Âmes sensibles s’abstenir (vous risqueriez de découvrir l’image d’un œil fendu…) !

 

La photographie est-elle un art ?

Si cette question la traverse depuis le début, c’est que le rapport que la photographie entretien avec le réel est troublant. Pour les contemporains de son invention la photographie c’est le réel, et elle capte le rapport qu’avait l’artiste peintre avec la réalité. Elle libère aussi la peinture qui n’est plus sommée de représenter le réel puisque la photographie le fait si bien. Mais on se rend compte que ce rapport au réel est ambigu puisque c’est le point de vue de l’auteur qui fait la photographie : il n’y a pas de photographie objective. La valeur artistique d’une grande photographie devient reconnue puisqu’elle nous introduit dans l’imaginaire, dans la propre vision des choses de celui ou celle qui l’a réalisée, comme c’est déjà ce que l’on reconnaît dans un grand tableau. Et cette question, qui a traversé tout le 19e siècle, qui n’est toujours pas vraiment résolue, elle s’est aussi et surtout posée aux « Artistes ».

 

La photographie est-elle un outil artistique ?

La tentation d’utilisation de la photographie par les «Artistes» est aussi vieille que la question précédente. Beaucoup, voyant s’échapper leur «pouvoir» artistique ont voulu utiliser la photographie pour l’amener, l’élever au rang d’Art. (Le pictorialisme par exemple). C’était méconnaître que la fonction même de la photographie est cette ambiguïté entre le réel et l’imaginaire. Qu’à la tirer vers la distorsion, le flou, le coloriage on l’abaisse sans pour autant lui amener quelque chose, elle demeure toujours une photographie, mais avec… des défauts. Elle n’en devient pas pour autant une œuvre d’art. Si d’autres ont su utiliser la photographie comme un moyen de construire leurs propres tableaux, (pour l’esquisse, pour la composition) c’était bien comme un outil de plus à la disposition de l’artiste et non comme un dévoiement.

La tentation d’utilisation de la photographie en dehors de ses propres lois, en dehors de sa propre valeur est toujours d’actualité.

 

La photographie est-elle reconnue ?

Sur Paris il n’y a pas un musée de la photographie. On y trouve Orsay pour leXIXe, la BNF et son fonds iconographique, la Maison Européenne de la photographie pour l’actualité, Sully pour le patrimoine, Bièvres pour la technique et le matériel et, tous les 2 ans, la prodigieuse manifestation du mois de la photo où il y en a pour tous les goûts. Cela démontre la vitalité de la photographie mais pas sa reconnaissance.

 

L’Art contemporain est-il uniquement photographique ?

La prise en main de la photographie par les «Artistes» est actuellement le fait de l’Art conceptuel. C’est le cas du Centre National de la Photographie, à Paris, où seule la librairie a encore quelque chose à voir avec la photographie. C’était à Cahors (le Printemps de la photographie), aujourd’hui à Toulouse (le Printemps en septembre). Demain c’est le musée du Jeu de Paume qui va échoir aux «Artistes contemporains». Le ministre de la Culture vient d’en donner la future direction au directeur du Centre National de la Photographie. La photographie est utilisée par ses «Artistes» comme une preuve d’une «action» fugace et non comme une œuvre artistique en tant que telle.

Je n’ai rien contre l’Art Conceptuel, mais contre l’utilisation frauduleuse du mot de photographie. Quand j’achète un vin de Bordeaux j’aime bien y trouver du Bordeaux, pas du Côtes du Rhône. Si le Musée du Jeu de Paume passe aux artistes contemporains, appelez-le centre d’art contemporain /d’art conceptuel /d’art visuel/ d’art vidéo/ d’art minimal /d’art charnel/ … et laissez donc l’appellation « Photographie » à la Photographie.